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ces pauvres rois, que l’aveuglement soit chez eux maladie héréditaire ?


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LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE ET L’EUROPE.

Les traités de 1815 viennent pour la seconde fois depuis dix-sept ans d’être lacérés par l’épée du Peuple français. Proclamons haut, bien haut, ces trois grands principes de politique républicaine.

Plus de conquêtes ! Les conquêtes sont un attentat contre les droits des peuples, et tôt ou tard les nations soumises réagissent contre leurs conquérants.

La République française s’assimilera dans la limite de ses frontières naturelles les provinces qui se donneront à elle librement et spontanément. En dehors de ses frontières naturelles, qui sont le Rhin et les Alpes, elle renonce solennellement à posséder jamais un pouce de terrain.

La France prend sous sa protection tous les peuples opprimés par un gouvernement tyrannique, étranger ou indigène, mais elle ne tirera son épée que pour défendre les principes et les institutions révolutionnaires.

Au dedans, la devise de la République française est : Tout par le peuple ! Tout pour le peuple !

Au dehors : Tout par les peuples ! Tout pour les peuples !


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BON SENS DU PEUPLE.

Il y a des hommes qui sont pleins de phrases toutes faites, de mots convenus et d’épithètes creuses comme leur tête. — Le sieur Odilon-Barrot, par exemple.

Quand en leur parle de 89, ces gens vous disent, c’est Voltaire qui a fait la Révolution ; ou bien c’est Rousseau qui a fait la Révolution ; ou bien c’est Beaumarchais qui a fait la Révolution.

Imbéciles ! Niais ! Doubles sots !

Michelet l’a dit : « La Révolution de 89 a été faite par le peuple. » Là, Michelet avait raison.

Le peuple n’aime pas les gens d’esprit ! Et il donnerait tous les Voltaire et les Beaumarchais du monde pour une vieille culotte.

Ce qui le prouve, aux Tuileries rien n’a été saccagé comme sculpture et peinture que l’image de l’ex-roi et celle de Bugeaud ; un seul buste a été jeté par les fenêtres !… Le buste de Voltaire !


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RESPECT AUX ARTS ET À L’INDUSTRIE.

Un brave citoyen s’est porté hier à Meudon pour avertir le commandant de la garde nationale Amanton de protéger les objets d’arts contre les envahissements de la garde qui devait, dit-on, se porter sur le château de l’ex-Roi. Le gouvernement provisoire a dû délivrer une sauvegarde.

Ne cessons pas de le répéter ; respect aux objets d’arts et d’industrie, et à tous les produits de l’intelligence !


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LA BEAUTÉ DU PEUPLE.

Depuis trois jours la population de Paris est admirable de beauté physique. Les veilles et la fatigue affaissent les corps ; mais le sentiment des droits reconquis les redresse et tait porter haut toutes les têtes. Les physionomies sont illuminées d’enthousiasme et de fierté républicaine. Ils voulaient, les infâmes, faire la bourgeoisie à leur image, — tout estomac et tout ventre, — pendant que le Peuple geignait la faim. Peuple et bourgeoisie ont secoué du corps de la France cette vermine de corruption et d’immoralité ! Qui veut voir des hommes beaux, des hommes de six pieds, qu’il vienne en France ! Un homme libre, quel qu’il soit, est plus beau que le marbre, et il n’y a pas de nain qui ne vaille un géant quand il porte le front haut et qu’il a le senti-