Page:Charles Perrault - Les Contes de Perrault, edition Feron, Casterman, 1902.djvu/53

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Or le ciel, qui parfois se lasse
De rendre les hommes contents,
Qui toujours à ses biens mêle quelque disgrâce,
Ainsi que la pluie au beau temps,
Permit qu’une âpre maladie
Tout à coup de la reine attaquât les beaux jours.
Partout on cherche du secours ;
Mais ni la faculté qui le grec étudie,
Ni les charlatans ayant cours,
Ne purent tous ensemble arrêter l’incendie
Que la fièvre allumait en s’augmentant toujours.

Arrivée à sa dernière heure,
Elle dit au roi son époux :
« Trouvez bon qu’avant que je meure,
J’exige une chose de vous ;
C’est que, s’il vous prenait envie
De vous remarier quand je n’y serais plus… »

— Ha ! dit le roi, ces soins sont superflus,
Je n’y songerai de ma vie.
Soyez en repos là-dessus.
— Je le crois bien, reprit la reine,
Si j’en prends à témoin votre cœur véhément ;
Mais pour m’en rendre plus certaine,
Je veux avoir votre serment.
Le prince jura donc, les yeux baignés de larmes,
Tout ce que la reine voulut.
La reine entre ses bras mourut,
Et jamais un mari ne fit tant de vacarmes.
Mais sa douleur fut courte ; au bout de quelques mois,
Il voulut procéder à faire un nouveau choix ;
Le choix du roi tomba sur une humble bergère ;
Cette enfant, par son ordre, arrachée à sa mère,
De force amenée à la cour
Se lamentait et pleurait nuit et jour.

De mille chagrins l’âme pleine,
Elle alla trouver sa marraine,
Loin, dans une grotte à l’écart,
De nacre et de corail richement étoffée,