Page:Charles Perrault - Les Contes de Perrault, edition Feron, Casterman, 1902.djvu/61

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De la reine et du roi la surprise fut grande ;
Mais au désir du prince on n’osa dire non.
Voilà donc qu’on se met en quête
De celle que l’anneau, sans nul égard du sang,
Doit placer dans un si haut rang.
Il n’en est point qui ne s’apprête
A venir présenter son doigt,
Ni qui veuille céder son droit.

Le bruit ayant couru que, pour prétendre au prince,
Il faut avoir le doigt bien mince ,
Tout charlatan, pour être bien venu.
Dit qu’il a le secret de le rendre menu ;
L’une, en suivant son bizarre caprice,
Comme une rave le ratisse ;
L’autre en coupe un petit morceau ;
Une autre, en le pressant, croit qu’elle l’apetisse ;
Et l’autre, avec de certaine eau,
Pour le rendre moins gros, en fait tomber la peau.
Il n’est enfin point de manœuvre
Qu’une dame ne mette en œuvre
Pour faire que son doigt cadre bien à l’anneau.

L’essai fut commencé par les jeunes princesses,
Les marquises et les duchesses ;
Mais leurs doigts, quoique délicats,
Étaient trop gros, et n’entraient pas.
Les comtesses et les baronnes,
Et toutes les nobles personnes,
Comme elles tour à tour présentèrent leur main,
Et la présentèrent en vain.

Il fallut en venir enfin
Aux servantes, aux cuisinières,
Aux tortillons, aux dindonnières,
En un mot, à tout le fretin,
Dont les rouges et noires pattes,
Non moins que les mains délicates,
Espéraient un heureux destin.
Il s’y présenta mainte fille
Dont le doigt, gros et ramassé,