Page:Charles Perrault - Les Contes de Perrault, edition Feron, Casterman, 1902.djvu/62

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Dans la bague du prince eût aussi peu passé
Qu’un câble au travers d’une aiguille.

On crut enfin que c’était fait ;
Car il ne restait, en effet,
Que la pauvre Peau d’Ane au fond de la cuisine.
Mais, comment croire, disait-on.
Qu’à régner le ciel la destine !
Le prince dit : « Et pourquoi non ?
Qu’on la fasse venir ! » — Chacun se prit à rire.
Criant tout haut : « Que veut-on dire,
De faire entrer ici cette sale guenon ! »
Mais lorsqu’elle tira de dessous sa peau noire
Une petite main qui semblait de l’ivoire
Qu’un peu de pourpre a coloré.
Et que de la bague fatale.
D’une justesse sans égale,
Son petit doigt fut entouré,
La cour fut dans une surprise
Qui ne peut pas être comprise.

On la menait au roi dans ce transport subit ;
Mais elle demanda qu’avant de paraître
Devant son seigneur et son maître,
On lui donnât le temps de prendre un autre habit.
De cet habit, pour la vérité dire,
De tous côtés on s’apprêtait à rire ;
Mais lorsqu’elle arriva dans les appartements,
Et qu’elle eut traversé les salles
Avec ses pompeux vêtements
Dont les riches beautés n’eurent jamais d’égales ;
Des dames de la cour et de leurs ornements
Tombèrent tous les agréments.

Dans la joie et le bruit de toute l’assemblée,
Le bon roi ne se sentait pas
De voir sa bru posséder tant d’appâts ;
La reine en était affolée,
Et le prince, leur cher enfant,
De cent plaisirs l’âme comblée.
Ne pouvait revenir de son ravissement.