Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/117

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LETTRE XII

AU MÊME


Vérone. — Vicence.


25 juillet.


Peste soit de la politique vénitienne qui nous fit courir hors de propos par la chaleur ! Ce n’est pas que ces messieurs aient à craindre la peste par les vaisseaux qui viennent à la foire de Sinigaglia ; mais ces mêmes vaisseaux apportent du Levant des marchandises dont le commerce se fait à Venise même. Ils ont voulu par cet édit nuire à la foire autant qu’ils pourroient, en empêchant ces marchardises d’entrer chez eux, et leurs sujets d’aller s’en fournir ailleurs à bon compte. Nous poursuivîmes notre route sur le chemin de Verona (à 24 milles de Mantoue), qui s’aperçoit de fort loin, de façon qu’on la croiroit située au pied des Alpes, bien qu’elle en soit à une assez forte distance. Quand on en est près et qu’on la voit à plein avec l’enceinte de ses murs, elle paroît grande comme un géant ; mais, en la parcourant en dedans, on y trouve des rues larges comme elles sont longues ailleurs, et plusieurs places vides, dans chacune desquelles on bâtiroit une fort honnête bourgade. Cela fait qu’elle n’est pas peuplée à proportion de son étendue. Le centre de la ville seulement est vivant, commerçant, tout rempli d’artisans de toute espèce, et sent bien son état républicain. Les maisons sont les unes sur les autres dans cet endroit, ayant à toutes leurs fenêtres de grands balcons de fer en saillie, qui étant couverts de treilles et chargés de planches, qui le sont elles-mêmes de gros pots de fleurs ou d’orangers, font que l’on se promène incessamment dans les jardins de Sémiramis, non sans danger de se voir, au moindre vent, coiffé d’une demi-douzaine de ces pots ; c’est une fort méchante police. L’on s’aperçoit encore du voisinage de Venise à la vue