Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/137

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bruit public. Par exemple, tout le monde dit : les auberges d’Italie sont détestables ; cela n’est pas vrai, on est très-bien dans les grandes villes. À la vérité, on est très-mal dans les villages ; ce n’est pas merveille ; il en est de même en France. Mais ce que l’on ne dit pas, c’est que le pain, non pétri avec les bras, mais battu avec de gros bâtons, quoique fait avec de la farine blanche et très-fine, est la plus détestable chose dont un homme puisse goûter ; j’en suis désolé. Pour le vin, je m’y fais tant bien que mal, en choisissant toujours celui qui est gros et fort âpre, par préférence au doux, qui ne peut être comparé qu’au pain, tant il est mauvais. Cependant les gens du pays le trouvent exquisissime, et c’est une chose à crever de rire que de voir les mines que font les dames en goûtant de nos vins de Champagne, et combien elles sont émerveillées de m’en voir avaler de grands traits mousseux.

On dit encore qu’on a tant qu’on veut la cambiatura ; fausseté. Les surintendants des postes la donnent très-difficilement, et il faut avoir à chaque poste des discussions qui ne finissent point. Le résultat de tout cela est qu’il faut payer la poste excessivement cher, et compter toujours, quand on a destiné une certaine somme à ce voyage-ci, qu’on dépensera le triple, encore que notre argent gagne en Italie ; car, outre l’article de la poste et des voiturins qui sont d’abominables canailles, il y a celui des auberges plus chères qu’en France, quoiqu’on ne soupe jamais, et celui que l’on appelle la buona manda, comme nous dirions la bonne main. Ce point ne finit pas ; pour la plus petite chose vous êtes entouré de gens qui demandent pour boire ; même un homme avec qui on a fait un marché d’un louis, trouveroit fort singulier, après l’exécution, qu’on ne lui donnât qu’un écu de bonne main. Je m’en plains tous les jours aux gens du pays, qui se contentent de plier les épaules, en disant : Poveri forestieri, c’est-à-dire en langue vulgaire, les étrangers sont faits pour être volés. Quand j’aurai un peu plus de pratique de la langue du pays, je mettrai bon ordre à ce que cela n’arrive plus. Enfin, je ne finirois pas, si je voulois blâmer toutes les erreurs où l’on est sur ce voyage, et qui ne sont pas mieux fondées que la jalousie des Italiens, ou la captivité de leurs femmes ; mais cette