Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/200

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



À Saint-Jean in Monte, une Madone peinte sur le mur ; les Bolonais prétendent avoir des preuves par écrit que cette peinture est antérieure au xi® siècle ; si cela est vrai, elle seroit excellente pour le temps ; mais ce fait est peu croyable.


À Saint-Michel in Bosco, remarquez le beau cloître oc- . togone d’une insigne et noble architecture, par Fiorini. Louis Carrache et ses élèves ont peint à l’huile, sur le mur du cloître, la Vie de saint Benoît et celle de sainte Cécile. Le temps et l’humidité ruinent presque entièremnnt ces beaux ouvrages, dont on ne peut trop regretter la perte.


Remarquez, dans le tableau des Présents offerts à saint Benoît, par le Guide, les statues soutenant des colonnes et cette tête de femme coiffée d’un turban, si belle et si gracii’use, connue sous le nom de la Turbantine du Guide, et dont on voit partout tant de copies.


Aux Chartreux, prédication de Saint- Jean-Baptiste au bord du Jourdain ; Louis Carrache. Tableau de première classe à mon gré, et de tous ceux de Louis Carrache celui qui m’a causé le plus d’admiration. La hardiesse et la facilité du pinceau, la beauté du coloris, la composition du paysage, tout enfin y est excellent.


À l’Institut, Tibaldi et dell’Abbate ont peint l’intérieur : le premier est excellent pour le dessin et les attitudes ; le second, remarquable parla beauté de son coloris.


Aux Mendicantes, Saint-Joseph demandant pardon à la Vierge d’avoir soupçonné sa fidélité, par Tiarini. Je suis étonné que ce peintre ne soit point connu du tout en France, et qu’aucun des écrivains des vies des peintres n’ait fait mention de lui. Alessandro Tiarini ^ bolonais, disciple, ainsi que le célèbre Louis Carrache, de Prosper Fontana, mérite d’être mis dans la troisième classe des peintres. Il a de grands défauts ; il est presque toujours sec et triste. Son coloris est détestable : son dessin, quoique correct, a de la raideur et tient du barbare ; mais il excelle dans l’invention, la composition et l’ordonnance. Il est exact à conserver l’unité d’action, et traite ses caractères de façon que la vue de ses tableaux cause toujours de l’émotion aux spectateurs. Son Miracle de saint Dominique est admirable à cet égard. En un mot, nul peintre n’a plus d’esprit que lui dans ses ouvrages ; mais il en abuse quelquefois, comme dans le ta-