Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/313

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Je parle au président des antiquités que l’on en tire tous les jours ; maintenant, sans répéter ici ce que je dis à l’un et à l’autre, soit sur mon excursion au Vésuve, soit sur ma visite à Ercolano, je veux chercher avec vous par quelles causes les villes du rivages de la Campanie ont été enterrées de la sorte, et vous communiquer une idée singulière à ce sujet.

Après être sorti du souterrain, mon plus grand étonnement fut d’avoir vu qu’Ercolano et le bourg qu’on avoit postérieurement bâti par-dessus, avoient été purement couverts et enterrés ; que l’amphithéâtre et les murailles gardoient, dans la plupart des endroits, une situation à peu près perpendiculaire, ou du moins qu’elles n’étoient inclinées que du côté de la mer ; de telle sorte que la ville ne paraissoit ni avoir été beaucoup secouée par un tremblement de terre, ni abîmée ou engloutie comme on l’auroit-cru d’abord, mais seulement poussée par le poids des terres que le Vésuve avoit fait ébouler, et ensevelie sous la quantité de matières qu’il avoit vomies de son gouffre : ce qui donneroit lieu de supposer que la cavité de ce gouffre étoit d’une énorme étendue. Ce fut dans cette idée que je montai la montagne pour examiner avec soin la disposition du local, et la manière dont pouvoit s’être produit un effet si étonnant.

Dans ma lettre à M. de Neuilly, je développe de mon mieux les conjectures qui me portent à penser que le Vésuve actuel est une montagne de nouvelle formation, tandis que le Monte di Somma, a été le cratère du volcan, dans les temps anciens. Voici les preuves que je puis vous donner à l’appui de mon opinion ; elles sont tirées de l’examen des lieux, et de ce que je me rappelle d’avoir lu, touchant le Vésuve, dans différents auteurs.

On n’ignore pas qu’il y a des volcans qui se forment où l’on n’en avoit jamais vu ; d’autres qui s’éteignent tout-à-fait ; d’autres dont les éruptions s’interrompent pendant si longtemps qu’il n’en subsiste plus aucune tradition, mais seulement quelques traces des embrasements passés, traces physiques et plus durables que ce qui dépend de la mémoire des hommes. Le Vésuve, dont les éruptions sont aujourd’hui si fréquentes, étoit dans ce dernier cas jusqu’au temps de la ruine d’Herculanum. Voici comment Strabon le décrit : « C’est, dit-il, une montagne revêtue