Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/34

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pour des petits pois ! Bref, nous arrivâmes ici à quatre heures du soir, ayant fait dix-huit lieues :


Dieu merci, me voilà sauvé,
Car je suis en terre papale !



LETTRE II

AU MÊME


Mémoire sur Avignon..


Dès mon arrivée, j’allai courir la ville, et, en sa qualité de ville étrangère, il se peut bien faire que vous en aurez une entière description. Aucune ville d’Europe n’a de murailles de la beauté de celles-ci ; elles sont toutes de pierre de taille, égales, crénelées, garnies de redans et de mâchicoulis dans tout le pourtour, et de cinquante en cinquante pas, de tours carrées pareilles et assortissantes. C’est le pape Innocent V qui en a fait la dépense ; cela ne rend cependant pas la ville plus forte. Avignon a une bonne lieue de tour ; presque tout le glacis est planté de deux rangs d’arbres qui forment un cours assez médiocre. Les rues sont larges et bien percées ; les maisons presque toutes de pierre de taille extrêmement blanche ; elle contribue beaucoup à donner une face agréable aux beaux bâtiments qui y sont communs. Le sang y est beau ; les femmes de condition mettent beaucoup de rouge ; toutes les femmes y ont de fort gros tétons blancs ; et leur manière de s’habiller avec des corps très mal faits les redouble encore.

Il faut, dès à présent, que je me désabuse d’entendre le peuple du pays ni d’en être entendu, jusqu’à ce que Desperiez soit reçu à l’académie pour son beau langage. Les moines commencent ici à se ressentir du voisinage et de la domination italienne, et donnent beaucoup plus d’exemples de vigueur que d’exemples de vertu.

La justice aussi s’y rend à la manière ultramontaine.