Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/35

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Un auditeur l’administre en première instance ; il est sujet à l’appel d’un autre, appelable à Rome, où il faut essuyer trois autres jugements ; de sorte qu’on peut avoir un procès dans sa famille, mais non pas espérer d’en voir la fin, quand même on en feroit une subvention graduelle et perpétuelle.

Les églises, qui sont en très-grand nombre et toutes dorées à merveille, sont autant d’asiles si sacrés, qu’il n’est pas même permis de guetter un criminel qui veut en sortir. La première qui se trouva sur mon chemin est Saint-Agricole, où je remarquai que l’orgue est distribué également des deux côtés du chœur au-dessus des formes. Il règne tout autour une magnifique tribune, semblable trait pour trait à celle du palais du Soleil dans Phaéton. Il y a un dôme à fresque, et une chapelle de la maison de Brante dont les sculptures sont bonnes. Les Jésuites ont deux maisons. L’église de la maison professe est vaste et propre, toute ornée de pilastres d’ordre corinthien et de trois tribunes l’une sur l’autre ; la dernière règne tout autour de l’église et fait un bel effet, aussi bien que la frise qui est au-dessous. Le chœur est de marbre et de pierre blanche fort chargée de bas-reliefs.

Le noviciat des Jésuites est cependant beaucoup plus beau. Louise d’Ancezune a fait la très-grande folie de le faire bâtir pour ces révérends pères, et sa famille y a son tombeau. L’église est revêtue en entier de stuc et de marbre à compartiments, parfaitement choisi ; elle est petite. Les deux chapelles des ailes ont deux bons tableaux de Sauvan ; la coupole est trop exhaussée pour son diamètre. Les quatre naissances sont soutenues par les quatre évangélistes peints de bonne main par un frère jésuite.

La voûte n’est pas encore peinte. Comme j’examinois avec assez d’attention cette église, dont j’étois extrêmement satisfait, un béat père vint me demander des dessins pour peindre la coupole. Je lui donnai force conseils, qui lui parurent tous partir de la tête d’un grand maître ; mais le temps n’étant pas suffisant pour les lui laisser sur le papier, je l’avertis qu’il pourroit s’adresser à Bouchardon, qui distribuoit plusieurs de mes dessins, dont on étoit assez content.

La maison répond à l’église ; elle est régulière et bien entendue de tout point. Quatre portiques en colonnades