Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/47

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que le tabernacle. Pour passer d’une extrémité à l’autre, aux Jésuites, une belle église construite en arcades d’ordre corinthien très-régulières et d’un grand goût ; c’est dommage que la frise soit trop chargée d’ornements. Plus, une chapelle de la Congrégation du Parlement, fort chargée de peintures ; le tableau du maître-autel représente une Vierge à genoux ; on ne put me dire de qui il étoit, et je ne sus pas le distinguer. On peut voir aussi l’église de la Visitation, qui est propre et toute en marbre. M. le marquis d’Argens, procureur général, a un cabinet de tableaux des meilleurs maîtres, qu’il faut visiter.

Je ne sais comment on fait l’hiver dans cette ville, où le bois se vend à la livre ; quant à l’été, je l’y ai éprouvé fort bon. Je courus pendant le plus fort du jour sans être incommodé de la chaleur.

Le 10, un chemin, moitié de rochers pelés, moitié jardins, nous mena à Marseille. En général, je n’ai pas trouvé, jusqu’à présent, que la beauté de la Provence répondît à l’idée que je m’en étois faite, à l’exception toutefois des quatre lieues au sortir d’Avignon. Nous verrons si Toulon et Hyères ne me présenteront pas un paysage plus curieux. Le jugement que je porte ici ne doit point être appliqué à une petite hauteur que l’on trouve à une demi-lieue de Marseille d’où l’on découvre, à droite la Méditerranée, le château d’If et les îles adjacentes en perspective, en face la ville de Marseille, dominée par la citadelle de Notre-Dame-de-la-Garde et par les montagnes qui terminent le lointain, et à gauche, un vallon si rempli de bastides, ou maisons de campagne, d’arbres et de jardins, qu’en fermant de murailles cet enclos, on en ferait une ville dans le goût de Constantinople.

Nous entrâmes dans Marseille par la rue de Rome, alignée comme la rue Richelieu, longue presque du double. Le tiers de cette rue, dans le milieu, est planté d’un cours fort inférieur à celui d’Aix ; elle est bâtie de maisons belles, élevées à l’italienne, et peuplée comme la rue Saint-Honoré. Ce premier coup d’œil donne une grande idée du mouvement et de la richesse de cette ville ; idée qui se trouve assez bien soutenue par le reste.

Après avoir débarqué à la Rose, fort belle hôtellerie, mon premier soin fut d’aller chercher l’ami Fontette[1] et

  1. Le comte de Fontette-Sommery, mort chef d’escadre.