Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/81

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moulus que si nous eussions reçu cent coups de bâtons. Ce trajet passe pour le plus rude de toute l’Italie.

Avant que d’arriver à Novi, on trouve Gavi, petite ville qui me parut avoir une citadelle très-forte, par ses ouvrages et par son assiette au-dessus d’un rocher.

Novi est la dernière ville de l’État de Gênes ; elle se mêle, comme sa souveraine, d’avoir des fresques et d’excellents sorbets.

Au sortir de là commence la plaine du Milanez, qui n’avoit pas besoin pour se faire valoir des horreurs que nous venions de quitter. Rien n’est plus riche, plus fertile, mieux ombragé d’arbres, ni d’un plus beau vert ; c’est trait pour trait la même chose et le même aspect que nos plus beaux cantons du pays bas de Bourgogne, du côté de la Saône.

Deux postes de Novi à Tortona ; c’est une fort méchante petite ville, et son château ne me parut pas plus considérable. Ce n’étoit pas la peine de faire tant de cancan, à la dernière guerre, de la prise d’une pareille place. La brèche par où elle a été prise n’est pas encore réparée ; mais au-devant on a nouvellement piqué dans le roc un escarpement de trois toises de profondeur.

Voghera, où nous couchâmes, distant de Tortona d’une poste prodigieusement longue, n’est qu’un village, mais qui vaut mieux que vingt Tortona. On passe pour y arriver, à Ponte-Corone.

Le 3, nous nous bottâmes, pour ainsi dire, pour coucher à la ville, car nous partîmes à trois heures du matin, pour ne faire dans la journée que deux postes, très-longues à la vérité, mais toujours belle plaine et beau chemin. On passe le Pô dans un bac, qui a plutôt l’air d’un pont de bateaux ambulant (de Turin jusqu’au golfe de Venise, il n’y a point de pont sur le Pô) ; puis un bras du Tesin, et, en troisième lieu, le Tesin lui-même, en entrant dans Pavie, sur un grand pont couvert qui a l’air d’une halle. Le Tesin est une rivière assez considérable et la plus grosse de toutes celles qui se jettent dans le Pô, qui, dans ce canton, n’est guère moins grand que la Saône.

Nous séjournâmes à Pavie. Je ne sais pourquoi je m’étois fait de cette ville, qui a été longtemps la demeure des rois lombards, une idée au-dessus de la réalité. Elle