Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/99

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


— 73 —


petits polissons sur des ânes, manger des oranges en menant du fumier, et ici des charretiers en sarreau do toile, prenant des glaces dans un café.


Milan me semble une ville policée en perfection sur un certain article. On ne peut faire un pas dans les places sans trouver en son chemin des courtiers de galanterie les plus obligeants du monde, qui vous offrent toujours à choisir de quelque couleur ou de quelque nation qu'on veuille ; mais il faut croire que l'effet n'est pas toujours aussi magnifique que la promesse ; et, comme ils ne donnent point de caution chez un banquier, comme font ceux de Venise, que Ton n'aura rien à craindre des suites de l'entrevue, nous n'avons jugé à propos de mettre à profit leur politesse que fort rarement.


Croyez-vous que j'aie bien besoin de transition dans mon discours pour passer de cet article à celui des musiciens ? Il me semble que cela se lie assez naturelle- ment. Ma foi, je suis bien outré de voir que, ni ici ni en aucune autre ville, je ne pourrai voir d'opéra jusqu'au temps à peu près fixé pour notre retour. Mais je suis à l'affût de toutes les occasions de m'en dédommager ; de sorte que je ne passe quasi point de jour sans entendre de la musique peu ou beaucoup. Madame Simo- netta nous a fait la faveur de nous faire entendre deux religieuses célèbres, qui, quoiqu'elles aient la voix belle et qu'elles chantent très-bien, m'ont paru fort inférieures à la Vanloo (1), que vous avez sans doute entendue à Paris. Quant à leurs castrats, ces sortes de voix ne me plaisent pas du tout ; à l'exception d'un ou deux, tout ce que j'ai ouï, m'a paru misérable. Ce n'est pas la peine de troquer ses oreilles contre le droit de piailler de la sorte. De plus, leurs récitatifs et leurs airs sont parvenus à un tel point de baroque, qu'ils me feroient revenir bientôt de mon extrême prévention pour la musique italienne par-dessus la françoise, s'ils n'eussent eu soin de me ramener à ma façon de penser ordinaire, par quelques airs marqués au bon coin, par des symphonies admirables et des chœurs dont on ne sauroit trop faire l'éloge. Dans les musiques d'église, le grand orgue et les cors accom-


(I) Née à Turin, sœur du violon Somis, et femme du peintre Carlo Vanloo.


T. j. i