Page:Charnacé - Musique et Musiciens, vol2, 1874.djvu/161

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cesse de paraître étrange, mais devient l’habit que tous nous portons, la langue que tous nous parlons. Le compositeur qui désespère alors de pouvoir par ses propres inventions, arriver à l’originalité se voit obligé, s’il veut obéir à sa vocation pour la musique historique, de recourir à un moyen à l’aide duquel il puisse, une fois pour toutes, paraître original. Il prend alors le parti de défigurer encore l’expression la plus défigurée, une fois que, grâce à lui, elle est devenue de mode ; il est obligé, à proprement parler, de se proposer de dire non, quand en réalité il veut dire oui ; de grimacer la joie, quand il veut exprimer la douleur, de se lamenter quand il devrait s’abandonner au plaisir. C’est ainsi seulement qu’il peut paraître étrange, singulier ; il est obligé de simuler la foi pour paraître « historiquement caractéristique. » De la sorte, on a acquis un élément entièrement nouveau. L’impulsion « historique » a conduit à la folie mystérieuse, et cette folie, regardée de près, n’est rien autre chose que le néoromantisme, puisqu’il faut l’appeler par son nom [1].

  1. L’opéra, l’Église, la musique historique, la musique qui n’est pas historique, la folie mystérieuse, le peuple auquel on a ravi la mélodie, l’émancipation des masses, tout ce fatras d’idées complexes ne prouve qu’une chose : la jalouse envie de n’avoir pas écrit le 5e acte de Robert-le-Diable, et le 5e acte des Huguenots. Il est vrai qu’on peut être envieux pour moins que cela.
    (Note du traducteur.)