Page:Charnacé - Musique et Musiciens, vol2, 1874.djvu/216

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et saisissable au monde très-incrédule de son entourage parisien, la grande intelligence de Berlioz atteignit une puissance technique non soupçonnée jusqu’à lui. Ce qu’il avait à exprimer était si bizarre, si inaccoutumé, si complètement contre nature, qu’il ne pouvait le dire bonnement et simplement avec la langue usuelle. Il fallait un appareil inouï de machines compliquées pour pouvoir, à l’aide d’un mécanisme habilement ajusté, manifester ce qu’il était impossible à un organe simplement humain d’exprimer, précisément parce que c’était quelque chose d’anti-humain. Nous connaissons maintenant les miracles surnaturels avec lesquels, jadis, les prêtres trompaient les hommes en leur faisant croire qu’un dieu se manifestait à eux ; c’est, en effet, la mécanique seule, qui de tout temps a produit ces merveilles. De nos jours, c’est encore à l’aide des miracles de la mécanique qu’on présente au public ahuri le surnaturel. Un miracle de ce genre, c’est l’orchestre de Berlioz.

Berlioz a déployé, en mesurant dans tous les sens les facultés de ce mécanisme, une science véritablement étonnante, et si les inventeurs de notre mécanique industrielle moderne doivent être considérés