Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t2.djvu/30

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1er janvier le commencement de l’an IV de la liberté. Vers le 13 février, les bonnets rouges se montrèrent dans les rues de Paris, et la municipalité fit fabriquer des piques. Le manifeste des émigrés parut le 1er mars. L’Autriche armait. Paris était divisé en sections, plus ou moins hostiles les unes aux autres[1]. Le 20 mars 1792, l’Assemblée législative adopta la mécanique sépulcrale sans laquelle les jugements de la Terreur n’auraient pu s’exécuter ; on l’essaya d’abord sur des morts, afin qu’elle apprît d’eux son œuvre. On peut parler de cet instrument comme d’un bourreau, puisque des personnes, touchées de ses bons services, lui faisaient présent de sommes d’argent pour son entretien[2]. L’invention de la machine à meurtre, au moment même où elle était nécessaire au crime, est une preuve mémorable de cette intelligence des faits coordonnés les uns aux autres, ou plutôt une preuve de l’action cachée de la Providence, quand elle veut changer la face des empires.

Le ministre Roland, à l’instigation des Girondins, avait été appelé au conseil du roi[3]. Le 20 avril, la guerre fut déclarée au roi de Hongrie et de Bohême. Marat publia l’Ami du peuple, malgré le décret dont

  1. Avant 1789, Paris était partagé en vingt-et-un quartiers. Le règlement fait par le roi, le 23 avril 1789, pour la convocation des trois états de la ville de Paris, divisa cette ville en soixante arrondissements et districts, division qui subsista jusqu’à la loi du 27 juin 1790. À cette époque, l’Assemblée constituante substitua aux soixante districts quarante-huit sections.
  2. Le 17 germinal an II (6 avril 1794), un citoyen se présenta à la barre de la Convention et offrit une somme qu’il destinait, dit-il, aux frais d’entretien et de réparation de la guillotine, (Moniteur du 7 avril 1794).
  3. Le 23 mars 1792.