Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/151

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

des cadets ; pour moi, je ne ferais que des aînés : je ne veux point déshériter M. le duc d’Angoulême. » Et il se rengorgea d’un air capable et goguenard ; mais je ne prétendais disputer au roi aucune puissance.

Égoïste et sans préjugés, Louis XVIII voulait sa tranquillité à tout prix : il soutenait ses ministres tant qu’ils avaient la majorité ; il les renvoyait aussitôt que cette majorité était ébranlée et que son repos pouvait être dérangé : il ne balançait pas à reculer dès que, pour obtenir la victoire, il eût fallu faire un pas en avant. Sa grandeur était de la patience ; il n’allait pas aux événements, les événements venaient à lui.

Sans être cruel, ce roi n’était pas humain ; les catastrophes tragiques ne l’étonnaient ni ne le touchaient pas : il se contenta de dire au duc de Berry, qui s’excusait d’avoir eu le malheur de troubler par sa mort le sommeil du roi : « J’ai fait ma nuit. » Pourtant cet homme tranquille, lorsqu’il était contrarié, entrait dans d’horribles colères ; enfin, ce prince si froid, si insensible, avait des attachements qui ressemblaient à des passions : ainsi se succédèrent dans son intimité le comte d’Avaray, M. de Blacas, M. Decazes ; madame de Balbi, madame du Cayla : toutes ces personnes aimées étaient des favoris ; malheureusement, elles ont entre leurs mains beaucoup trop de lettres.

Louis XVIII nous apparut dans toute la profondeur des traditions historiques ; il se montra avec le favoritisme des anciennes royautés. Se fait-il dans le cœur des monarques isolés un vide qu’ils remplissent