Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/163

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et sur sa tête le pontife de Jupiter ne devait souffrir aucun nœud.

Après la séance, M. de Villèle se retirait, accompagné de M. de Corbière. J’étudiais beaucoup d’individus, j’apprenais beaucoup de choses, je m’occupais de beaucoup d’intérêts dans ces réunions : les finances, que j’ai toujours sues, l’armée, la justice, l’administration, m’initiaient à leurs éléments. Je sortais de ces conférences un peu plus homme d’État et un peu plus persuadé de la pauvreté de toute cette science. Le long de la nuit, dans mon demi-sommeil, j’apercevais les diverses attitudes des têtes chauves, les diverses expressions des figures de ces Solons peu soignés et mal accompagnés de leurs corps : c’était bien vénérable assurément ; mais je préférais l’hirondelle qui me réveillait dans ma jeunesse et les Muses qui remplissaient mes songes : les rayons de l’aurore qui, frappant un cygne, faisaient tomber l’ombre de ces blancs oiseaux sur une vague d’or ; le soleil levant qui m’apparaissait en Syrie dans la tige d’un palmier, comme le nid du phénix, me plaisaient mieux.


Je sentais que mes combats de tribune, dans une Chambre fermée, et au milieu d’une assemblée qui m’était peu favorable, restaient inutiles à la victoire et qu’il me fallait avoir une autre arme. La censure étant établie sur les feuilles périodiques quotidiennes, je ne pouvais remplir mon dessein qu’au moyen d’une feuille libre, semi-quotidienne, à l’aide de laquelle j’attaquerais à la fois le système des ministres et les opinions de l’extrême gauche imprimées dans la Mi-