Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/164

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nerve par M. Étienne[1]. J’étais à Noisiel, chez madame la duchesse de Lévis, dans l’été de 1818, lorsque mon libraire M, Le Normant me vint voir. Je lui fis part de l’idée qui m’occupait ; il prit feu, s’offrit à courir tous les risques et se chargea de tous les frais. Je parlai à mes amis MM. de Donald et de la Mennais, je leur demandai s’ils voulaient s’associer : Ils y consentirent, et le journal ne tarda pas à paraître sous le nom de Conservateur.[2]

La révolution opérée par ce journal fut inouïe : en

  1. Charles-Guillaume Étienne (1778-1845), auteur dramatique, publiciste et homme politique. Le succès de sa comédie les Deux Gendres (1811) lui avait ouvert les portes de l’Académie française. La protection du duc de Bassano, dont il avait été le secrétaire, lui avait valu d’être nommé censeur du Journal de l’Empire, et d’être chargé, en qualité de chef de la division littéraire, de la police des journaux. Sous la Restauration, l’ex-censeur impérial devint un libéral ardent et fit aux Bourbons, dans la Minerve française et dans le Constitutionnel, une opposition des plus vives. Le succès de ses « Lettres sur Paris », publiées dans le premier de ces deux journaux, détermina les électeurs de la Meuse à le choisir pour député en 1820. Il siégea à la Chambre de 1820 à 1824. Réélu en 1827, il fut, au mois de mars 1830, le principal rédacteur de l’adresse des 221. Le gouvernement de Juillet le nomma pair de France, le 7 novembre 1839. À l’égal du gouvernement et des hommes de la Restauration, M. Étienne haïssait les romantiques ; l’Académie lui joua le mauvais tour de lui donner pour successeur le comte Alfred de Vigny. — La Minerve française, dont Étienne était le principal rédacteur, avait été fondée en février 1818, neuf mois avant le Conservateur ; elle paraissait une fois par semaine, mais à des jours indéterminés, ce qui lui permettait, n’ayant pas d’une manière absolue la forme périodique, d’échapper à la censure. Les collaborateurs d’Étienne à la Minerve étaient Benjamin Constant, Évariste Dumoulin, Aignan, Jay, Jouy, Lacretelle aîné et Tissot.
  2. Le Conservateur commença de paraître au mois d’octobre 1818. — Voir l’Appendice no III : Le Conservateur.