Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/199

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dans le ton qu’employaient les panégyristes de Louis XIV.

« M. de Chateaubriand est d’une taille assez petite, et pourtant élancée. Son visage ovale a une expression de piété et de mélancolie. Il a les cheveux et les yeux noirs : ceux-ci brillent du feu de son esprit qui se prononce dans ses traits. »

Mais j’ai les cheveux blancs : pardonnez donc à madame la baronne de Hohenhausen de m’avoir croqué dans mon bon temps, bien qu’elle m’octroie déjà des années. Le portrait est d’ailleurs fort joli ; mais je dois à ma sincérité de dire qu’il n’est pas ressemblant.


L’hôtel Sous les Tilleuls, Unter den Linden, était beaucoup trop grand pour moi, froid et délabré : je n’en occupais qu’une petite partie.

Parmi mes collègues, ministres et ambassadeurs, le seul remarquable était M. d’Alopeus.[1] J’ai depuis rencontré sa femme et sa fille à Rome auprès de la grande-duchesse Hélène : si celle-ci eût été à Berlin

  1. Le comte David d’Alopeus (1769-1831). Après avoir été ministre de Russie à la cour de Suède, puis à la cour de Wurtemberg, il devint, en 1813, commissaire général des armées alliées, et fut alors fixé par ses fonctions au quartier général des souverains confédérés. Sa femme, qui l’y accompagnait, se fit autant remarquer par sa beauté que par les grâces de son esprit. En 1815, le comte d’Alopeus fut gouverneur de la Lorraine, pour la Russie, et fit preuve dans ce nouveau poste de la plus louable modération. Nommé peu de temps après ministre plénipotentiaire de Russie à la cour de Berlin, il resta dans cette ville jusqu’à sa mort, arrivée le 13 juin 1831. — Sa fille. Mlle Alexandrine d’Alopeus, épousa Albert de la Ferronnays, l’un des fils du comte de la Ferronnays, l’ami de Chateaubriand. Elle est l’héroïne du Récit d’une sœur, de Mme Augustus Craven.