Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/23

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faveur de son fils, abdication manigancée à Bâle entre les agents de Fouché et du prince de Metternich : il n’y eut rien qu’une ridicule attrape politique. L’Acte additionnel se présentait, au reste, comme un hommage à la légitimité ; à quelques différences près, et surtout moins l’abolition de la confiscation, c’était la Charte.


Ces changement subits, cette confusion de toutes choses, annonçaient l’agonie du despotisme. Toutefois l’empereur ne peut recevoir du dedans l’atteinte mortelle, car le pouvoir qui le combat est aussi exténué que lui ; le Titan révolutionnaire, que Napoléon avait jadis terrassé, n’a point recouvré son énergie native ; les deux géants se portent maintenant d’inutiles coups ; ce n’est plus que la lutte de deux ombres.

À ces impossibilités générales se joignent pour Bonaparte des tribulations domestiques et des soucis de palais ; il annonçait à la France le retour de l’impératrice et du roi de Rome, et l’une et l’autre ne revenaient point. Il disait à propos de la reine de Hollande, devenue par Louis XVIII duchesse de Saint-Leu : « Quand on a accepté les prospérités d’une famille, il faut en embrasser les adversités. » Joseph, accouru de la Suisse, ne lui demandait que de l’argent ; Lucien l’inquiétait par ses liaisons libérales ; Murat, d’abord conjuré contre son beau-frère, s’était trop hâté, en revenant à lui, d’attaquer les Autrichiens : dépouillé du royaume de Naples et fugitif de mauvais augure, il attendait aux arrêts, près de Marseille, la catastrophe que je vous raconterai plus tard.[1]

  1. En débarquant à Cannes, Murat s’était mis à la disposition de l’Empereur. Celui-ci, craignant la contagion du malheur, ne