Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/253

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effet, George IV tira le cordon et dit au gentleman de service : « Mettez monsieur à la porte. »

L’idée de rendre de la force et de l’éclat à nos armes me dominait toujours. J’écrivais à M. de Montmorency, le 13 avril : « Il m’est venu une idée, monsieur le vicomte, que je soumets à votre jugement : trouveriez-vous mauvais qu’en forme de conversation, en causant avec le prince Esterhazy[1], je lui fisse entendre que si l’Autriche avait besoin de retirer une partie de ses troupes, nous pourrions les remplacer dans le Piémont ? Quelques bruits répandus sur un prétendu rassemblement de nos troupes dans le Dauphiné m’offriraient un prétexte favorable. J’avais proposé à l’ancien ministère de mettre garnison en Savoie, lors de la révolte du mois de juin 1821 (voyez une de mes dépêches de Berlin). Il rejeta cette mesure, et je pense qu’il fit en cela une faute capitale. Je persiste à croire que la présence de quelques troupes françaises en Italie produirait un grand effet sur l’opinion, et que le gouvernement du roi en retirerait beaucoup de gloire. »

Les preuves surabondent de la noblesse de notre diplomatie pendant la Restauration. Qu’importe aux partis ? N’ai-je pas lu encore ce matin, dans un journal de gauche, que l’Alliance nous avait forcés d’être ses gendarmes et de faire la guerre à l’Espagne[2], quand le Congrès de Vérone est là, quand les documents di-

  1. Le prince Paul Esterhazy, longtemps ambassadeur d’Autriche à Londres et, ainsi que le prince de Lieven, un des familiers de George IV, qui aimait à s’entourer d’étrangers.
  2. Voir l’Appendice, no IV : Le prétendu Traité de Vérone.