Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/278

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que celui de Louis XVI : le ciel nous préserve d’un troisième jugement qui semblerait établir par l’autorité des crimes une espèce de droit des peuples et un corps de jurisprudence contre les rois ! On peut maintenant s’attendre à tout : une déclaration de guerre de la part du gouvernement espagnol est au nombre des chances que le gouvernement français a dû prévoir. Dans tous les cas, nous serons bientôt obligés d’en finir avec le cordon sanitaire, car, une fois le mois de septembre passé, et la peste ne reparaissant pas à Barcelone, ce serait une véritable dérision que de parler encore d’un cordon sanitaire ; il faudrait donc avouer tout franchement une armée, et dire la raison qui nous oblige à maintenir cette armée. Cela n’équivaudra-t-il pas à une déclaration de guerre aux Cortès ? D’un autre côté, dissoudrons-nous le cordon sanitaire ? Cet acte de faiblesse compromettrait la sûreté de la France, avilirait le ministère, et ranimerait parmi nous les espérances de la faction révolutionnaire.

« J’ai l’honneur d’être, etc., etc., etc. »


Depuis le Congrès de Vienne et d’Aix-la-Chapelle, les princes de l’Europe avaient la tête tournée de congrès : c’était là qu’on s’amusait et qu’on se partageait quelques peuples. À peine le Congrès commencé à Laybach et continué à Troppau était-il fini, qu’on songea à en convoquer un autre à Vienne, à Ferrare ou à Vérone, les affaires d’Espagne offraient l’occasion d’en hâter le moment. Chaque cour avait déjà désigné son ambassadeur.