Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/279

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Je voyais à Londres tout le monde se préparer à partir pour Vérone : comme ma tête était remplie des affaires d’Espagne, et comme je rêvais un plan pour l’honneur de la France, je croyais pouvoir être de quelque utilité au nouveau Congrès en me faisant connaître sous un rapport auquel on ne songeait pas. J’avais écrit dès le 24 mai à M. de Montmorency ; mais je ne trouvai aucune faveur. La longue réponse du ministre est évasive, embarrassée, entortillée ; un éloignement marqué pour moi s’y déguise mal sous la bienveillance ; elle finit par ce paragraphe :

« Puisque je suis en train de confidences, noble vicomte, je veux vous dire ce que je ne voudrais pas insérer dans une dépêche officielle, mais ce que m’ont inspiré quelques observations personnelles, et quelques avis aussi de personnes qui connaissent bien le terrain sur lequel vous êtes placé. N’avez-vous pas pensé le premier qu’il faut soigner, vis-à-vis du ministère anglais, certains effets de la jalousie et de l’humeur qu’il est toujours prêt à concevoir sur les marques directes de faveur auprès du roi, et de crédit dans la société ? Vous me direz s’il ne vous est pas arrivé d’en remarquer quelques traces. »

Par qui les plaintes de mon crédit auprès du roi et dans la société (c’est-à-dire, je suppose, auprès de la marquise de Conyngham) étaient-elles arrivées au vicomte de Montmorency ? Je l’ignore.

Prévoyant, par cette dépêche privée, que ma partie était perdue du coté du ministre des affaires étrangères, je m’adressai à M. de Villèle, alors mon ami, et qui n’inclinait pas beaucoup vers son collègue.