Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/292

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au bord d’une révolution plus grande, plus profonde et qui enveloppera la postérité ! J’ai vu ces fameux parlements britanniques dans toute leur puissance : que deviendront-ils ? J’ai vu l’Angleterre dans ses anciennes mœurs et dans son ancienne prospérité : partout la petite église solitaire avec sa tour, le cimetière de campagne de Gray, partout des chemins étroits et sablés, des vallons remplis de vaches, des bruyères marbrées de moutons, des parcs, des châteaux, des villes : peu de grands bois, peu d’oiseaux, le vent de la mer. Ce n’étaient pas ces champs de l’Andalousie où je trouvais les vieux chrétiens et les jeunes amours parmi les débris voluptueux du palais des Mores au milieu des aloès et des palmiers.


Quid dignum memorare tuis, Hispania, terris
Vox humana valet ?

« Quelle voix humaine, ô Espagne ! est digne de remémorer tes rivages ?[1] »

Ce n’était pas là cette Campagne romaine dont le charme irrésistible me rappelle sans cesse ; ces flots

  1. Chateaubriand — ses Mémoires le prouvent de reste — aimait les citations. Sa conversation en abondait quand elle dépassait les monosyllabes ou les lieux communs de la politesse. « Il ne faut pas croire, » disait-il un jour, à Londres, à M. de Marcellus, « que l’art des citations soit à la portée de tous les petits esprits qui, ne trouvant rien chez eux, vont puiser chez les autres. C’est l’inspiration qui donne les citations heureuses. La Mémoire est une Muse, ou plutôt c’est la mère des Muses, que Ronsard fait parler ainsi :
    « Grèce est notre pays, Mémoire est notre Muse.

    « Les plus grands écrivains du siècle de Louis XIV se sont nourris de citations. » Chateaubriand et son temps, p. 286.