Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/305

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« dut-il dire, je sors par l’autre[1]. » On me laissa sortir : il était tout simple qu’on me préférât M. de Corbière. Je ne lui en veux pas : je l’importunais, il m’a fait chasser : il a bien fait.

Le lendemain de mon renvoi et les jours suivants, on lut dans le Journal des Débats ces paroles si honorables pour MM. Bertin :

« C’est pour la seconde fois que M. de Chateaubriand subit l’épreuve d’une destitution solennelle.

« Il fut destitué en 1816, comme ministre d’État, pour avoir attaqué, dans son immortel ouvrage de la Monarchie selon la Charte, la fameuse ordonnance du 5 septembre, qui prononçait la dissolution de la Chambre introuvable de 1815. MM. de Villèle et Corbière étaient alors de simples députés, chefs de l’opposition royaliste, et c’est pour avoir embrassé leur défense que M. de Chateaubriand devint la victime de la colère ministérielle.

« En 1824, M. de Chateaubriand est encore destitué, et c’est par MM. de Villèle et Corbière, devenus ministres, qu’il est sacrifié. Chose singulière ! en 1816, il fut puni d’avoir parlé ; en 1824, on le punit de s’être tu ; son crime est d’avoir gardé le silence dans la discussion sur la loi des rentes. Toutes les

  1. Le mot que rapporte ici Chateaubriand fut dit, non par M. de Corbière, mais par le baron de Damas, ministre de la guerre. On lit dans les Mémoires du comte de Villèle : « Après la signature du renvoi de M. de Chateaubriand, je dus assigner à mes collègues une réunion du conseil après la messe et la réception du Roi. Grande fut notre surprise d’entendre le baron de Damas se féliciter hautement de ce qui venait d’avoir lieu, en déclarant que si le Roi n’avait pas pris ce parti, il était bien résolu à signifier, à la première occasion, à M. de Chateaubriand, qu’il fallait que l’un des deux quittât le conseil. »