Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/344

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De retour à Paris, ma vie se trouva occupée entre mon établissement, rue d’Enfer, mes combats renouvelés à la Chambre des pairs et dans mes brochures contre les différents projets de lois contraires aux libertés publiques ; entre mes discours et mes écrits en faveur des Grecs, et mon travail pour mes Œuvres complètes. L’empereur de Russie mourut[1], et avec lui la seule amitié royale qui me restât. Le duc de Montmorency était devenu gouverneur du duc de Bordeaux. Il ne jouit pas longtemps de ce pesant honneur : il expira le vendredi saint 1826, dans l’église de Saint-Thomas d’Aquin, à l’heure où Jésus expira sur la croix, il alla à Dieu avec le dernier soupir du Christ[2].

L’attaque était commencée contre les jésuites ; on entendit les déclamations banales et usées contre cet ordre célèbre, dans lequel, il faut en convenir, règne

    hommages des hommes ! c’est joindre le délire de l’orgueil à une dureté, à une stérilité de cœur dont il y a peu d’exemples. J’aime mieux supposer, afin de l’excuser, que Rousseau n’était pas toujours maître de sa tête : mais alors ce maniaque ne me touche point ; je ne saurais m’attendrir sur les maux imaginaires d’un homme qui se regarde comme persécuté, lorsque toute la terre est à ses pieds, d’un homme à qui l’on rend peut-être plus qu’il ne mérite. Pour que la perte de la raison puisse inspirer une vive pitié, il faut qu’elle ait été produite par un grand malheur, ou qu’elle soit le résultat d’une idée fixe, généreuse dans son principe. Qu’un auteur devienne insensé par les vertiges de l’amour-propre ; que toujours en présence de lui-même, ne se perdant jamais de vue, sa vanité finisse par faire une plaie incurable à son cerveau, c’est de toutes les causes de folie celle que je comprends le moins, et à laquelle je puis le moins compatir. »

  1. L’empereur Alexandre mourut à Taganrog, le 1er décembre 1825.
  2. Voir, à l’Appendice, le no VIII : La mort de Mathieu de Montmorency.