Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/357

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obligés de reconnaître que je m’étais formé un empire plus puissant que le premier. La jeune France était passée tout entière de mon coté et ne m’a pas quitté depuis. Dans plusieurs classes industrielles, les ouvriers étaient à mes ordres, et je ne pouvais plus faire un pas dans les rues sans être entouré. D’où me venait cette popularité ? de ce que j’avais connu le véritable esprit de la France. J’étais parti pour le combat avec un seul journal, et j’étais devenu le maître de tous les autres. Mon audace me venait de mon indifférence : comme il m’aurait été parfaitement égal d’échouer, j’allais au succès sans m’embarrasser de la chute. Il ne m’est resté que cette satisfaction de moi-même, car que fait aujourd’hui à personne une popularité passée et qui s’est justement effacée du souvenir de tous ?

La fête du roi[1] étant survenue, j’en profitai pour faire éclater une loyauté que mes opinions libérales n’ont jamais altérée. Je fis paraître cet article :

« Encore une trêve du roi !

« Paix aujourd’hui aux ministres !

« Gloire, honneur, longue félicité et longue vie à Charles X ! c’est la Saint-Charles !

« C’est à nous surtout, vieux compagnons d’exil de notre monarque, qu’il faut demander l’histoire de Charles X.

« Vous autres, Français, qui n’avez point été forcés de quitter votre patrie, vous qui n’avez reçu un Français de plus que pour vous soustraire au despotisme impérial et au joug de l’étranger, habitants

  1. La fête du roi se célébrait le 4 novembre, le jour de la Saint-Charles.