Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/366

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motivée dans laquelle il annonçait l’avenir, que tout le monde, au reste, prévoyait.

Le gouvernement commençait à craindre ; les journaux redoublaient d’audace, et on leur opposait, par habitude, un projet de censure ; on parlait en même temps d’un ministère La Bourdonnaye[1], où aurait figuré M. de Polignac. J’avais eu le malheur de faire nommer M. de Polignac ambassadeur à Londres[2],

    la marine, quoiqu’il eût été contraire au licenciement, continua à faire partie du ministère, ainsi que l’évêque d’Hermopolis (Mgr Frayssinous), ministre des affaires ecclésiastiques et de l’instruction publique, qui aurait voulu qu’on se contentât de dissoudre une ou deux légions.

  1. François-Régis, comte de La Bourdonnaye (1767-1839). Député de Maine-et-Loire de 1815 à 1830, il siégea constamment à l’extrême-droite. Au mois d’août 1829, il eut, dans le ministère Polignac, le portefeuille de l’intérieur, mais donna sa démission dès le 8 novembre de la même année, au moment où le prince de Polignac fut nommé président du conseil. Le 27 janvier 1830, il fut élevé à la pairie, six mois avant la révolution qui devait mettre fin à sa carrière politique. Cormenin a dit de lui, dans son Livre des orateurs (tome II, p. 7) : « À la tête des ultra-royalistes, brillait M. de La Bourdonnaye… Contre-révolutionnaire trempé à la manière des anciens conventionnels, subjugué par la raison d’État ; plus impérieux qu’habile, et qui ne manquait dans son langage, ni d’élévation ni de vigueur. »
  2. Le prince de Polignac avait été nommé ambassadeur à Londres au mois de février 1823. Quoiqu’on dise ici Chateaubriand, il y fit très bonne figure et se montra le digne interprète de la politique française. Plus d’une fois, Chateaubriand eut occasion, comme ministre des affaires étrangères, de féliciter le prince de la manière dont il défendait en Angleterre les intérêts de la France. Lui ayant exprimé un jour le désir de lui voir signer un traité, afin que le roi pût le mettre sur le même pied que M. de Talaru qui venait de signer le traité avec l’Espagne, il reçut de M. de Polignac ce billet, modèle de bon sens et de bon goût :

    « Je vous remercie, mon cher vicomte, du désir que vous m’exprimez de me voir signer un traité pour me mettre sur le