Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/367

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malgré ce qu’avait pu me dire M. de Villèle : en cette occasion il vit mieux et plus loin que moi. En entrant au ministère, je m’étais empressé de faire quelque chose d’agréable à Monsieur. Le président du conseil était parvenu à réconcilier les deux frères, dans la prévision d’un changement prochain de règne : cela lui réussit ; moi, en m’avisant une fois dans ma vie de vouloir être fin, je fus bêlte. Si M. de Polignac n’eût pas été ambassadeur, il ne serait pas devenu ministre des affaires étrangères.

M. de Villèle, obsédé d’un côté par l’opposition royaliste libérale, importuné de l’autre par les exigences des évêques, trompé par les préfets consultés, qui étaient eux-mêmes trompés[1], résolut de dissoudre la Chambre élective, malgré les trois cents qui lui restaient fidèles. Le rétablissement de la censure précéda la dissolution[2]. J’attaquai plus vivement que ja-

    même pied que le marquis de Talaru. Mais je n’ai rien à signer de ce côté de l’eau, qu’un traité de commerce, et je vous engage à n’en pas faire ; qu’un traité de paix, et j’espère vous éviter la guerre ; et mon tardif arrangement relatif aux huîtres de Granville, et, dans ce cas, je ne réclame qu’une mention honorable au Rocher de Cancale (célèbre restaurant du temps). Au poste où je suis, il y a à acquérir plus de gloire que de profit, et plus d’honneur que d’honneurs. »

    Cette lettre est datée du 20 février 1824.

  1. Chateaubriand se trompe ici lui-même et calomnie, sans le savoir, ces pauvres préfets. Mieux informé, M. de Villèle écrivait, à la date du 8 août 1827 : « Les préfets sont effrayés de l’idée seule d’élections générales. Ils disent que, si on les faisait cette année, elles seraient détestables. » Le 4 septembre suivant, le président du conseil constatait encore, sur son carnet, que « les préfets étaient unanimes à repousser les élections générales comme un grand danger. » Alfred Nettement, Histoire de la Restauration, tome VII, p. 551, 554.
  2. Le 22 juin 1827, la session avait été déclarée close ; le 24