Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/368

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mais[1] ; les oppositions s’unirent ; les élections des petits collèges furent toutes contre le ministère ; à Paris la gauche triompha[2] ; sept collèges nommèrent M. Royer-Collard, et les deux collèges où se présenta M. de Peyronnet, ministre, le rejetèrent[3]. Paris illumina de nouveau : il y eut des scènes sanglantes ; des barricades se formèrent, et les troupes envoyées pour rétablir l’ordre furent obligées de faire feu : ainsi se préparaient les dernières et fatales journées[4]. Sur ces en-

    juin, une ordonnance contre-signée par MM. de Villèle, Corbière et Peyronnet, rétablit la censure.

  1. Du rétablissement de la Censure par l’ordonnance du 24 juin 1827. — Paris, Ladvocat, 1827, in-8o ». — Œuvres complètes, t. XXVII.
  2. La Chambre des députés fut dissoute le 5 novembre 1827. Les élections des collèges d’arrondissement eurent lieu le 17 novembre, et celles des collèges de département le 24. — À Paris, les huit candidats de la gauche furent nommés au premier tour de scrutin, c’étaient : MM. Benjamin Constant, Casimir Périer, Laffitte, Royer-Collard, Ternaux, baron Louis et de Schonen.
  3. Royer-Collard fut élu à Vitry, à Châlons, à Paris, à Lyon, à Neufchâteau (Vosges), à Melun et à Béziers. M. de Peyronnet, qui s’était présenté à Bourges et à Bordeaux, y éprouva un double échec.
  4. Le 19 novembre, la foule, particulièrement dans les quartiers Saint-Denis et Saint-Martin, parcourut les rues en criant : « Des lampions ! » et : « Vive la Charte ! Vivent les députés ! » Puis d’autres cris s’y joignirent, parmi lesquels on entendit ceux de : « Vive Napoléon » et : « Vive l’Empire ! » On cassait les vitres des maisons qui n’illuminaient pas, et des pétards étaient lancés contre les voitures. Quelques barricades s’élevèrent rue Saint-Denis. L’autorité envoya des gendarmes qui en renversèrent deux ; il fallut faire marcher la garde royale et tirer des feux de peloton pour en enlever trois autres. L’émeute recommença le 20 ; les barricades de la veille furent relevées, et beaucoup d’autres obstruaient les rues du quartier Saint-Denis. Elles furent détruites par la troupe de ligne. Quelques hommes furent tués et un assez grand nombre blessés et il fallut, pour rétablir l’ordre, recourir à un grand déploiement de forces.