Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/369

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trefaites, on reçut la nouvelle du combat de Navarin[1], succès dont je pouvais revendiquer ma part. Les grands malheurs de la Restauration ont été annoncés par des victoires ; elles avaient de la peine à se détacher des héritiers de Louis le Grand.

La Chambre des pairs jouissait de la faveur publique par sa résistance aux lois oppressives ; mais elle ne savait pas se défendre elle-même : elle se laissa gorger de fournées[2] contre lesquelles je fus presque le seul à réclamer. Je lui prédis que ces nominations vicieraient son principe et lui feraient perdre à la longue toute force dans l’opinion : me suis-je trompé ? Ces fournées, dans le but de rompre une majorité, ont non seulement détruit l’aristocratie en France, mais elles sont devenues le moyen dont on se servira contre l’aristocratie anglaise ; celle-ci sera étouffée sous une nombreuse fabrication de toges, et finira par perdre son hérédité, comme la pairie dénaturée l’a perdue en France.

La nouvelle Chambre arrivée prononça son fameux refus de concours : M. de Villèle, réduit à l’extrémité, songea à renvoyer une partie de ses collègues et négocia avec MM. Laffitte et Casimir Périer. Les deux chefs de l’opposition de gauche prêtèrent l’oreille : la mèche fut éventée ; M. Laffitte n’osa franchir le pas ; l’heure du président sonna, et le portefeuille tomba de ses mains[3]. J’avais rugi en me retirant des affaires ;

  1. Le 20 octobre 1827.
  2. Le Moniteur du 6 novembre 1827, en même temps qu’il insérait l’ordonnance prononçant la dissolution de la Chambre des députés, en publiait une autre nommant soixante-seize pairs.
  3. M. de Villèle donna sa démission le 2 décembre 1827 ; elle