Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/371

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remplaça M. de Clermont-Tonnerre. M. le comte Roy[1], l’habile artisan de son immense fortune, fut chargé des finances. Le comte de La Ferronnays, mon ami, eut le portefeuille des affaires étrangères. M. de Martignac entra au ministère de l’intérieur ; le roi ne tarda pas à le détester. Charles X suivait plutôt ses goûts que ses principes : s’il repoussait M. de Martignac à cause de son penchant aux plaisirs, il aimait MM. de Corbière et de Villèle qui n’allaient pas à la messe.

M. de Chabrol et l’évêque d’Hermopolis restèrent provisoirement au ministère. L’évêque, avant de se retirer, vint me voir ; il me demanda si je le voulais remplacer à l’instruction publique : « Prenez M. Royer-Collard, lui dis-je, je n’ai nulle envie d’être ministre ; mais si le roi me voulait absolument rappeler au conseil, je n’y rentrerais que par le ministère des affaires étrangères, en réparation de l’affront que j’y ai reçu. Or, je ne puis avoir aucune prétention sur ce portefeuille, si bien placé entre les mains de mon noble ami. »

    Blaquetot (1723-1793), lieutenant-général et directeur des fortifications sous Louis XVI, l’un des meilleurs officiers de notre corps du génie, qui était alors le premier de l’Europe.

  1. Antoine, comte Roy (1764-1847). Le portefeuille des finances lui fut confié trois fois : du 7 au 29 décembre 1818, du 19 novembre 1819 au 14 décembre 1821, du 4 janvier 1828 au 8 août 1829. Il avait été reçu avocat au Parlement de Paris en 1786. Pendant la Révolution, il prêta le secours de sa parole à plusieurs personnes accusées de royalisme. En 1798, il obtint du duc de Bouillon la jouissance de la terre de Navarre et l’administration de ses biens. La situation du duc étant fort gênée, il ne tarda pas à céder la plus grande partie de ses biens à M. Roy, moyennant une rente annuelle de 300 000 francs ; sa mort étant survenue peu de mois après, M. Roy se trouva l’un des plus riches propriétaires fonciers de France.