Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/459

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

à la reine : « Madame, vous la lirez seule, je suis obligée de rentrer chez moi. »

Napoléon fut relégué à l’île d’Elbe ; l’Alliance, avec une rare habileté, l’avait placé sur les côtes de l’Italie. Murat apprit qu’on cherchait au Congrès de Vienne à le dépouiller des États qu’il avait néanmoins achetés si cher ; il s’entendit secrètement avec son beau-frère, devenu son voisin. On est toujours étonné que les Napoléon aient des parents : qui sait le nom d’Aridée, frère d’Alexandre ? Pendant le cours de l’année 1814, le roi et la reine de Naples donnèrent une fête à Pompéi ; on exécuta une fouille au son de la musique : les ruines que faisaient déterrer Caroline et Joachim ne les instruisaient pas de leur propre ruine ; sur les derniers bords de la prospérité, on n’entend que les derniers concerts du songe qui passe.

Lors de la paix de Paris, Murat faisait partie de l’Alliance, le Milanais ayant été rendu à l’Autriche : les Napolitains se retirèrent dans les Légations romaines. Quand Bonaparte, débarqué à Cannes, fut entré à Lyon, Murat, perplexe, ayant changé d’intérêts, sortit des Légations et marcha avec quarante mille hommes vers la haute Italie, pour faire diversion en faveur de Napoléon[1]. Il refusa à Parme les conditions que les Autrichiens effrayés lui offraient encore : pour chacun de nous il est un moment critique ; bien ou mal choisi, il décide de notre avenir. Le baron de Firmont repousse les troupes de Murat, prend l’offensive et les mène battant jusqu’à Macerata[2]. Les Napolitains se débandèrent ; leur général-

  1. Le 28 mars 1815.
  2. Le 3 mai.