Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/461

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1815, à dix heures du soir, il aborda au golfe Juan, où son beau-frère avait abordé. La fortune faisait jouer à Joachim la parodie de Napoléon. Celui-ci ne croyait pas à la force du malheur et au secours qu’il apporte aux grandes âmes : il défendit au roi détrôné l’accès de Paris ; il mit au lazaret cet homme attaqué de la peste des vaincus ; il le relégua dans une maison de campagne, appelée Plaisance, près de Toulon. Il eût mieux fait de moins redouter une contagion dont il avait été lui-même atteint : qui sait ce qu’un soldat comme Murat aurait pu changer à la bataille de Waterloo ?

Le roi de Naples, dans son chagrin, écrivait à Fouché le 19 juin 1815 :

« Je répondrai à ceux qui m’accusent d’avoir commencé les hostilités trop tôt, qu’elles le furent sur la demande formelle de l’empereur, et que, depuis trois mois il n’a cessé de me rassurer sur ses sentiments, en accréditant des ministres près de moi, en m’écrivant qu’il comptait sur moi et qu’il ne m’abandonnerait jamais. Ce n’est que lorsqu’on a vu que je venais de perdre avec le trône les moyens de continuer la puissante diversion qui durait depuis trois mois, qu’on veut égarer l’opinion publique en insinuant que j’ai agi pour mon propre compte et à l’insu de l’empereur. »

Il y eut dans le monde une femme généreuse et belle ; lorsqu’elle arriva à Paris, madame Récamier la reçut et ne l’abandonna point dans des temps de malheur. Parmi les papiers qu’elle a laissés, on a trouvé deux lettres de Murat du mois de juin 1815 ; elles sont utiles à l’histoire.