Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/471

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passions haineuses, vous peindrez tout avec les couleurs les plus vraies. Vous êtes un des phénomènes de ce temps-ci, et certainement le plus aimable.

« Vous me montrerez vos souvenirs ; ma vieille expérience vous offrira quelques conseils, et vous ferez un ouvrage utile et délicieux. N’allez pas me répondre : Je ne suis pas capable, etc., etc. ; je ne vous passerai jamais des lieux communs ; ils sont indignes de votre esprit. Vous pouvez jeter sans remords les yeux sur le passé ; c’est en tout temps le plus beau des droits ; dans celui où nous sommes, c’est inappréciable. Profitez-en pour l’instruction de la jeune personne que vous élevez ; ce sera pour elle votre plus grand bienfait.

« Adieu, madame, permettez-moi de vous dire que je vous aime et que je vous embrasse de toute mon âme. »

Maintenant que madame Récamier est rentrée dans Paris[1], je vais retrouver pendant quelque temps mes premiers guides.

La reine de Naples, inquiète des résolutions du congrès de Vienne, écrivit à madame Récamier pour qu’elle lui découvrît un homme capable de traiter ses intérêts à Vienne. Madame Récamier s’adressa à Benjamin Constant, et le pria de rédiger un mémoire. Cette circonstance eut sur l’auteur de ce mémoire l’influence la plus malheureuse ; un sentiment orageux fut la suite d’une entrevue. Sous l’empire de ce sentiment, Benjamin Constant, déjà violent antibonapar-

  1. Elle arriva à Paris le 1er Juin 1814.