Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/476

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séraphin, cherchait à s’entourer d’anges ; la preuve en est dans ce billet charmant de Benjamin Constant à madame Récamier :

« Jeudi.

« Je m’acquitte avec un peu d’embarras d’une commission que madame de Krüdener vient de me donner. Elle vous supplie de venir la moins belle que vous pourrez. Elle dit que vous éblouissez tout le monde, et que par là toutes les âmes sont troublées et toutes les attentions impossibles. Vous ne pouvez pas déposer votre charme ; mais ne le rehaussez pas. Je pourrais ajouter bien des choses sur votre figure à cette occasion, mais je n’en ai pas le courage. On peut être ingénieux sur le charme qui plaît, mais non sur celui qui tue. Je vous verrai tout à l’heure ; vous m’avez indiqué cinq heures, mais vous ne rentrerez qu’à six, et je ne pourrai vous dire un mot. Je tâcherai pourtant d’être aimable encore cette fois. »

Le duc de Wellington ne prétendait-il pas aussi à l’honneur d’attirer un regard de Juliette ? Un de ses billets que je transcris n’a de curieux que la signature :

« À Paris, ce 13 janvier.

« J’avoue, madame, que je ne regrette pas beaucoup que les affaires m’empêchent de passer chez vous après dîner, puisque, à chaque fois que je vous vois, je vous quitte plus pénétré de vos agréments et moins disposé à donner mon attention à la politique !!! »