Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/485

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ce qui a rapport à la famille de l’empereur, j’ai trouvé quelques documents qui ne me paraissent pas hors d’œuvre en ce moment.

« La reine d’Espagne se trouvait dans l’obligation absolue de rentrer en France. Elle écrivit à madame Récamier pour la prier de s’intéresser à la demande qu’elle faisait de venir à Paris. M. de Chateaubriand était alors au ministère, et la reine d’Espagne, connaissant la loyauté de son caractère, avait toute confiance dans la réussite de sa sollicitation. Cependant la chose était difficile, parce qu’il y avait une loi qui frappait toute cette famille malheureuse, même dans ses membres les plus vertueux. Mais M. de Chateaubriand avait en lui ce sentiment d’une noble pitié pour le malheur, qui lui fit écrire plus tard ces mots touchants :

Sur le compte des grands je ne suis pas suspect :
Leurs malheurs seulement attirent mon respect.
Je hais ce Pharaon, que l’éclat environne ;
Mais s’il tombe, à l’instant j’honore sa couronne ;
Il devient, à mes yeux, roi par l’adversité ;
Des pleurs je reconnais l’auguste autorité :
Courtisan du malheur, etc., etc.[1].

« M. de Chateaubriand écouta les intérêts d’une personne malheureuse ; il interrogea son devoir, qui ne lui imposa pas la crainte de redouter une faible femme, et, deux jours après la demande qui lui fut adressée, il écrivit à madame Récamier que madame Joseph Bonaparte pouvait rentrer en France,

  1. Ces vers sont, en effet, de Chateaubriand, dans sa tragédie de Moïse, acte III, scène IV.