Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/500

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trace. Et cependant il y a dans la Correspondance de Joseph de Maistre une très longue et très belle lettre de lui écrite à Chateaubriand au mois d’octobre 1817 ; le malheur est qu’elle a été donnée par les éditeurs avec cette suscription : À M. le vicomte de Bonald[1]. Les éditeurs ici se sont trompés : c’est au vicomte de Chateaubriand que la lettre a été écrite. Voici, en effet, que parmi les autographes figurant, avec fac-similé, au Catalogue de la collection Bovet[2], je trouve une lettre de trois pages et quart, in-4o, écrite par Chateaubriand à Joseph de Maistre et datée de Montgraham, par Nogent-le-Rotrou, 6 septembre 1817. Il le prie d’excuser le retard de ses réponses, après trois mois d’angoisses et de craintes pour la vie de Mme de Chateaubriand :

Je vais, Monsieur le comte, lire votre manuscrit, mais vous croyez bien que je n’aurai pas l’impertinence d’y rien trouver à changer. Ce n’est point à l’écolier à toucher au tableau du maître…

Voyons maintenant la lettre de Joseph de Maistre :

Monsieur le vicomte, chaque jour en me réveillant, je me répète le fameux vers de Voltaire :

L’univers, mon ami, ne pense point à toi.

Si donc Mme la duchesse de Duras a pris la liberté d’oublier parfaitement et moi et mon manuscrit, je l’en absous de tout mon cœur. Je trouve très juste qu’elle mette mille et une pensées avant celle d’un Allobroge qui a passé devant elle comme une hirondelle, et qui n’a eu, par conséquent, ni le temps ni l’occasion de s’enfoncer un peu plus dans son souvenir…

Ainsi c’est à la duchesse de Duras que Joseph de Maistre a confié un manuscrit. Or, la duchesse est l’intime amie

  1. Correspondance de Joseph de Maistre, édition de 1886, V. VI p. 108.
  2. Catalogue de la collection Bovet, séries V à VIII, 1884, p. 288. no 798, avec fac-similé ; et Catalogue Ét. Charavay, 20 décembre 1890, no 31