Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/502

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cette rencontre, si la lettre de Joseph de Maistre n’est pas une réponse à celle de Chateaubriand ?

« Vous ne voulez pas me corriger ? écrit encore de Maistre ; trêve de compliments, Monsieur le vicomte, tant pis pour moi. Combien j’aurais gagné à cette revue ! » Ces lignes ne sont-elles pas encore une réponse directe à ce que Chateaubriand avait dit : « Croyez-bien que je n’aurai pas l’impertinence d’y rien trouver à changer ; ce n’est point à l’écolier à toucher au tableau du maître. »

Enfin Chateaubriand avait parlé des trois mois d’angoisses et de craintes que lui avait causées la maladie de sa femme, craintes qui ont heureusement cessé. La lettre de Joseph de Maistre répondra à ce passage comme aux autres. Elle porte ce qui suit : « Très peu de temps après vous avoir écrit ma dernière lettre, Monsieur le vicomte, j’appris les cruelles angoisses qui vous oppressaient. Je vous félicite de tout mon cœur de ce qu’elles ont cessé[1]. »

S’il était besoin d’une nouvelle et dernière preuve, celle-là plus décisive encore que les autres, le vicomte de Bonald lui-même se chargerait de nous la fournir. Le 2 décembre 1817, il écrivait à Joseph de Maistre :

Monsieur le comte, suis-je assez malheureux ! Quand je suis en Allemagne, vous êtes je ne sais où ; je viens en France, vous êtes en Russie ; je retourne dans mes montagnes, vous arrivez à Paris ; je reviens à Paris, vous voilà à Turin, et nous semblons nous chercher et nous fuir tour à tour. J’avais eu l’honneur de vous écrire de ma campagne quand je vous sus à Paris, et, ne sachant pas bien votre adresse, je mis ma lettre sous le couvert de Mme Swetchine. Je ne sais si elle vous est parvenue, mais je n’ai plus trouvé ici cette excellente et spirituelle femme… Ne la reverrons-nous plus ici et ne vous y verrai-je jamais vous-même ?

  1. Chateaubriand écrivait à son ami M. Frisell au mois de juillet 1817 : « J’ai été bien inquiet, mon cher ami ; je suis un peu calmé. Ma malade est bien faible pour le moment ; aujourd’hui, il y a encore eu une crise… Mme de Chateaubriand vous dit de tendres choses, du fond de son lit, et moi je vous embrasse tendrement. » (Correspondant du 25 septembre 1897.)