Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/504

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encore, des plus curieuses, et je ne saurais trop engager les lecteurs à la lire en entier dans la Correspondance de Joseph de Maistre. Je dois me borner à en donner ce nouvel et court extrait :

Des personnes qui s’intéressent fort à la publication de mon ouvrage m’assurent qu’elle ne sera point permise en France à cause du 4me livre, où je prouve jusqu’à la démonstration (du moins je m’en flatte), que le système Gallican, exagéré dans le siècle dernier, nous avait conduits à un véritable schisme de fait, infiniment nuisible à la religion. Quoique j’élève d’ailleurs l’Église Gallicane aux nues, cependant on se tient sûr que la censure me chicanera sur les vérités que je dis à ce sujet à cette vénérable Église.

Si j’ai prouvé, moi aussi, jusqu’à la démonstration, qu’il a existé des relations entre l’auteur du Pape et l’auteur du Génie du christianisme, — fait demeuré jusqu’ici entièrement ignoré — je ne cache pas que je tiens cette démonstration pour une bonne fortune.

Depuis que ces lignes ont été écrites, j’ai reçu de M. l’abbé Pailhès — dont l’obligeance est inépuisable — communication de la lettre même de Chateaubriand à Joseph de Maistre. En voici le texte complet :

Montgraham, par Nogent-le-Rotrou,
le 6 septembre 1817.
Monsieur le Comte,

Après trois mois d’angoisses et de craintes pour la vie de Mme de Chateaubriand, je viens passer deux jours à Paris ; je trouve avec grand plaisir, mais à mon grand étonnement, vos lettres et votre manuscrit restés chez Mme la duchesse de Duras. Vous avez dû, monsieur le Comte, être bien étonné de mon silence, après la marque de confiance et d’estime que vous avez eu l’extrême bonté de me donner ; je vois que je n’ai point encore épuisé ma mauvaise fortune.

Je vais, Monsieur le Comte, lire le manuscrit : mais vous croyez bien que je n’aurai pas l’impertinence d’y trouver rien à changer : ce n’est point à l’écolier de toucher au tableau du