Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/514

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Le texte du pseudo-traité du 22 novembre 1822, publié pour la première fois par le Morning-Chronicle en 1823, a été reproduit par M. de Marcellus dans son excellent ouvrage, Politique de la Restauration en 1822 et 1823. L’article 2 est ainsi conçu :

Comme on ne peut douter que la liberté de la presse ne soit le moyen le plus puissant employé par les prétendus défenseurs des droits des nations, au détriment de ceux des princes, les hautes parties contractantes promettent réciproquement d’adopter toutes les mesures propres à la supprimer, non seulement dans leurs propres états, mais aussi dans le reste de l’Europe.

Certes, il fallait une singulière audace pour oser mettre au bas de cet article la signature de Chateaubriand, — de l’homme qui avait été toute sa vie le plus énergique et le plus éloquent champion de la liberté de la presse ; de celui qui avait crié sur les toits cet axiome, que sans la liberté de la presse, toute constitution représentative est en péril ; de celui qui, le premier en France, avait fait et mené à bien une guerre, en présence de cette liberté !

M. de Marcellus a du reste donné, dans son livre, sur les circonstances dans lesquelles fut fabriqué ce prétendu traité secret, des détails qui viendraient encore corroborer, s’il en était besoin, le démenti opposé par Chateaubriand à cette misérable supercherie :

Ce document, dit M. de Marcellus, avait beau se dire natif de Vérone, marqué à sa naissance du sceau de la langue diplomatique de l’Europe, et issu en droite ligne des plénipotentiaires des cours unies par la Sainte-Alliance, il n’en était pas moins originaire de Londres, où il était sorti, tout armé de style anglais, du front d’un seul créateur…

Pendant ma gestion des affaires de France à Londres, en 1823, cet article, fabriqué tout chaud pour les presses du Morning-Chronicle avait attiré mes regards ; le jour même de son apparition, le prince Esterhazy pour l’Autriche, le baron de Werther pour la Prusse, le comte de Lieven pour la Russie, et moi pour la France, nous avions reconnu en lui une de ces ten-