Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/515

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tatives journalières combinées pour agir sur les fonds publics d’un côté du détroit comme de l’autre ; après avoir unanimement pensé que, par son caractère apocryphe, il portait en lui-même sa condamnation et son antidote, comme il ne méritait pas une réfutation sérieuse, nous nous étions bornés à le faire démentir à Londres, sans commentaire et sans signature, dans le New-Times, journal du matin, et dans le Sun, journal du soir.

J’ajoute qu’au moment de l’éclosion artificielle de ce traité secret, M. Canning (ministre des Affaires étrangères dans le cabinet britannique) m’en avait parlé légèrement à Glocester-Lodge mais sans le soumettre à aucun examen politique ou grammatical, et le rangeant lui-même parmi ces documents que la presse disait-il,

Supposita de matre nothos furata creavit.

« — Sans doute, lui avais-je répondu, il est bien bâtard, et il en porte tous les signes. C’est un produit de fabrique anglaise, et je pourrais montrer dans le Strand la boutique d’où il sort. — Ah ! vous connaissez donc nos ateliers de Forgery ? — Oh ! non pas plus que votre ambassadeur à Paris ne connaît les laboratoires de nos gazettes[1]. »

VI

le congrès de vérone et la guerre d’espagne.[2]

Il y a ici, dans les Mémoires, une lacune volontaire et forcée. Il n’est rien dit des vingt mois (octobre 1822 à juin 1824) pendant lesquels Chateaubriand fut d’abord ambassadeur de France au Congrès de Vérone, puis ministre des affaires étrangères à Paris ; rien dit de la guerre d’Espagne, qui fut cependant son œuvre. Certes, il n’entendait pas laisser dans l’ombre les événements mêmes auxquels est attaché l’honneur de son nom comme homme d’État. Il a voulu, au contraire, en parler tout à son aise. De toutes les périodes de sa vie, c’est celle dont le récit a

  1. Politique de la Restauratton, p. 58.
  2. Ci-dessous, p. 283.