Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t6.djvu/142

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faudra qu’il rentre dans la série des faits médiocres et qu’il voie, sans toutefois s’en laisser accabler, les difficultés qui l’environnent.

Les Bourbons ont tenu après l’Empire, parce qu’ils succédaient à l’arbitraire : se figure-t-on Henri transporté de Prague au Louvre après l’usage de la plus entière liberté ? La nation française n’aime pas au fond cette liberté ; mais elle adore l’égalité ; elle n’admet l’absolu que pour elle et par elle, et sa vanité lui commande de n’obéir qu’à ce qu’elle s’impose. La charte a essayé vainement de faire vivre sous la même loi deux nations devenues étrangères l’une à l’autre, la France ancienne et la France moderne ; comment, quand des préjugés se sont accrus, feriez-vous se comprendre l’une et l’autre France ? Vous ne ramèneriez point les esprits en remettant sous les yeux des vérités incontestables.

À entendre la passion ou l’ignorance, les Bourbons sont les auteurs de tous nos maux ; la réinstallation de la branche aînée serait le rétablissement de la domination du château ; les Bourbons sont les fauteurs et les complices de ces traités oppresseurs dont à bon droit je n’ai jamais cessé de me plaindre : et pourtant rien de plus absurde que toutes ces accusations, où les dates sont également oubliées et les faits grossièrement altérés. La Restauration n’exerça quelque influence dans les actes diplomatiques qu’à l’époque de la première invasion. Il est reconnu qu’on ne voulait point cette restauration, puisqu’on traitait avec Bonaparte à Châtillon ; que, l’eût-il voulu, il demeurait empereur des Français. Sur l’entêtement de son génie et faute de mieux, on prit les Bourbons qui se trou-