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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

rales raies qui affluent n’étant plus détournées au profit de la monarchie légitime reconstruite, l’Europe monarchique périrait. Le combat est à mort entre les deux principes monarchique et républicain, s’ils restent distincts et séparés : la consécration d’un édifice unique rebâti avec les matériaux divers de deux édifices vous appartiendrait à vous, madame, qui avez été admise à la plus haute comme à la plus mystérieuse des initiations, le malheur non mérité, à vous qui êtes marquée à l’autel du sang des victimes sans tache, à vous qui, dans le recueillement d’une sainte austérité, ouvririez avec une main pure et bénie les portes du nouveau temple.

« Vos lumières, madame, et votre raison supérieure éclaireront et rectifieront ce qu’il peut y avoir de douteux et d’erroné dans mes sentiments touchant l’état présent de la France.

« Mon émotion, en terminant cette lettre, passe ce que je puis dire.

« Le palais des souverains de Bohême est donc le Louvre de Charles X et de son pieux et royal fils ! Hradschin est donc le château de Pau du jeune Henri ! et vous, madame, quel Versailles habitez-vous ! à quoi comparer votre religion, vos grandeurs, vos souffrances, si ce n’est à celles des femmes de la maison de David, qui pleuraient au pied de la croix ? Puisse Votre Majesté voir la royauté de saint Louis sortir radieuse de la tombe ! Puisse-je m’écrier, en rappelant le siècle qui porte le nom de votre glorieux aïeul ; car, madame, rien ne vous va, rien ne vous est contemporain que le grand et le sacré :