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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

. . . . . . . . . . Ô jour heureux pour moi !
De quelle ardeur j’irais reconnaître mon roi[1] !

« Je suis, avec le plus profond respect, madame, de Votre Majesté

« Le très-humble et très-obéissant serviteur,
« Chateaubriand. »

Après avoir écrit cette lettre, je rentrai dans les habitudes de ma vie : je retrouvai mes vieux prêtres, le coin solitaire de mon jardin, qui me parut bien plus beau que le jardin du comte de Choteck, mon boulevard d’Enfer, mon cimetière de l’Ouest, mes Mémoires ramenteurs de mes jours passés, et surtout la petite société choisie de l’Abbaye-aux-Bois. La bienveillance d’une amitié sérieuse fait abonder les pensées ; quelques instants du commerce de l’âme suffisent au besoin de ma nature ; je répare ensuite cette dépense d’intelligence par vingt-deux heures de rien-faire et de sommeil.

Paris, rue d’Enfer, 25 août 1833.

Tandis que je commentais à respirer, je vis entrer un matin chez moi le voyageur qui avait remis un paquet de ma part à madame la duchesse de Berry, à Palerme ; il m’apportait cette réponse de la princesse :

« Naples, 10 août 1833.

« Je vous ai écrit un mot, monsieur le vicomte, pour vous accuser la réception de votre lettre, vou-

  1. Racine, Athalie, Acte I, scène I.