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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

jours refusé un conseil, par un gouvernement à la tête duquel est son parent, pour m’arracher un secret qui, dans tous les cas, ne pouvait concerner la politique, et dont la découverte ne devait pas changer ma situation si j’étais à craindre pour le gouvernement français, qui avait le pouvoir de me garder, mais non le droit, sans un jugement que j’ai plus d’une fois réclamé.

« Mais mon parent, mari de ma tante, chef d’une famille à laquelle, en dépit d’une opinion si généralement et si justement répandue contre elle, j’avais bien voulu faire espérer la main de ma fille, Louis-Philippe enfin, me croyant enceinte et non mariée (ce qui eût décidé toute autre famille à m’ouvrir les portes de ma prison), m’a fait infliger toutes les tortures morales pour me forcer à des démarches par lesquelles il a cru pouvoir établir le déshonneur de sa nièce. Du reste, s’il faut m’expliquer d’une manière positive sur mes déclarations et ce qui les a motivées, sans entrer dans aucuns détails sur mon intérieur, dont je ne dois compte à personne, je dirai avec toute vérité qu’elles m’ont été arrachées par les vexations, les tortures morales et l’espoir de recouvrer ma liberté.

« Le porteur vous donnera des détails et vous parlera de l’incertitude forcée sur le moment de mon voyage et sa direction, ce qui s’est opposé au désir que j’avais de profiter de votre offre obligeante en vous engageant à me joindre avant d’arriver à Prague, ayant bien besoin de vos conseils. Aujourd’hui il serait trop tard, voulant arriver près de mes enfants le plus tôt possible. Mais, comme rien n’est