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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

« Oh ! souris-moi comme quand nos amours étaient dans leur printemps .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .   Conduis-moi à quelque désert vaste, sauvage, stérile comme nos malheurs, où mon âme puisse respirer, où je puisse à grands cris dire aux cieux élevés et aux astres écoutants de quelles richesses sans bornes mon sein est chargé ; où je puisse jeter mes bras impatients autour de toi, donner passage à l’amour par des baisers qui rallument la joie, et laisser aller tout le feu qui est dans mon cœur. »

Gœthe, de notre temps, a célébré Venise, et le gentil Marot, qui le premier fit entendre sa voix au réveil des Muses françaises, se réfugia aux foyers du Titien. Montesquieu écrivait : « On peut avoir vu toutes les villes du monde et être surpris en arrivant à Venise. »

Lorsque, dans un tableau trop nu, l’auteur des Lettres persanes représente une musulmane abandonnée dans le paradis à deux hommes divins, ne semble-t-il pas avoir peint la courtisane des Confessions de Rousseau et celle des Mémoires de Byron ? N’étais-je pas, entre mes deux Floridiennes, comme Anaïs entre ses deux anges ? Mais les filles peintes et moi, nous n’étions pas immortels.

Madame de Staël livre Venise à l’inspiration de Corinne : celle-ci écoute le bruit du canon qui annonce l’obscur sacrifice d’une jeune fille .  .  .  .  .   Avis solennel « qu’une femme résignée donne aux femmes qui luttent encore contre le destin. » .  .  .  .  .  .   Corinne monte au sommet de la tour de Saint-Marc, contemple la ville et les flots, tourne les yeux vers les nuages