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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

mon arrivée à Prague. À la tête de la députation des jeunes gens, ils allaient achever les négociations commencées au sujet de la présentation. Le premier, impliqué dans mon procès devant la cour d’assises, avait plaidé sa cause avec beaucoup d’esprit ; le second sortait de subir un emprisonnement de huit mois pour délit de presse royaliste. L’auteur du Génie du Christianisme eut donc l’honneur de se rendre auprès du roi très chrétien assis dans une calèche de place, entre l’auteur de la Mode et l’auteur du Revenant.

Prague, 30 septembre 1833.

Butschirad est une villa du grand-duc de Toscane à environ six lieues de Prague, sur la route de Carlsbad. Les princes autrichiens ont leurs biens patrimoniaux dans leur pays, et ne sont, au delà des Alpes, que des possesseurs viagers : ils tiennent l’Italie à ferme. On arrive à Butschirad par une triple allée de pommiers. La villa n’a aucune apparence ; elle ressemble, avec ses communs, à une belle métairie, et domine au milieu d’une plaine nue un hameau mélangé d’arbres verts et d’une tour. L’intérieur de l’habitation est un contre-sens italien, sous le 50e degré de latitude : de grands salons sans cheminées et sans poêles. Les appartements sont tristement enrichis de la dépouille de Holy-Rood. Le château de Jacques II, que remeubla Charles X, a fourni par déménagement à Butschirad les fauteuils et les tapis.

Le roi avait la fièvre et était couché lorsque j’arrivai à Butschirad, le 27, à huit heures du soir. M. de Bla-