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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

blent l’appeler par leurs souvenirs, et qui ne le supportent plus par leurs mœurs ; on l’impose à des générations qui, ayant perdu la mesure et la décence sociale, ne savent qu’insulter la personne royale ou remplacer le respect par la servilité.

Philippe a dans sa personne de quoi ralentir la destinée, il n’a pas de quoi l’arrêter. Le parti démocratique est seul en progrès, parce qu’il marche vers le monde futur. Ceux qui ne veulent pas admettre les causes générales de destruction pour les principes monarchiques attendent en vain l’affranchissement du joug actuel d’un mouvement des Chambres ; elles ne consentiront point à la réforme, parce que la réforme serait leur mort. De son côté, l’opposition devenue industrielle ne portera jamais au roi de sa fabrique la botte à fond, comme elle l’a portée à Charles X ; elle remue afin d’avoir des places, elle se plaint, elle est hargneuse ; mais lorsqu’elle se trouve face à face de Philippe, elle recule, car si elle veut obtenir le maniement des affaires, elle ne veut pas renverser ce qu’elle a créé et ce par quoi elle vit. Deux frayeurs l’arrêtent : la frayeur du retour de la légitimité, la frayeur du règne populaire ; elle se colle à Philippe qu’elle n’aime pas, mais qu’elle considère comme un préservatif. Bourrée d’emplois et d’argent, abdiquant sa volonté, l’opposition obéit à ce qu’elle sait funeste et s’endort dans la boue ; c’est le duvet inventé par l’industrie du siècle ; il n’est pas aussi agréable que l’autre, mais il coûte moins cher.

Nonobstant toutes ces choses, une souveraineté de quelques mois, si l’on veut même de quelques années, ne changera pas l’irrévocable avenir. Il n’est